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Washington a promis au PKK un accès à la Méditerranée (Interview/Talal Silo)

Talal Silo, ancien porte-parole des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une entité qui sert de paravent aux activités de l’organisation terroriste PYD/PKK en Syrie, a accordé une interview à l’AA dont voici la deuxième partie.

Ayvaz Çolakoğlu   | 03.12.2017
Washington a promis au PKK un accès à la Méditerranée (Interview/Talal Silo)

Ankara

AA - Ankara - Ayvaz Colakoglu

Après avoir occupé un certain temps le poste de porte-parole des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une entité qui sert de paravent aux activités de l’organisation terroriste PYD/PKK en Syrie, Talal Silo, aujourd’hui réfugié en Turquie, a attiré l’attention sur le projet « d’ouverture sur la Méditerranée » de l’organisation. Selon Silo, des responsables du renseignement américain leur ont préconisé d’ouvrir un corridor d'accès jusqu’à la mer Méditerranée, pour être « viable » dans la durée.

L’organisation terroriste du PYD/PKK occupe actuellement un quart du territoire syrien et sa stratégie consiste à étendre son emprise vers l’Ouest, en longeant la frontière turque. L’ouverture d’un corridor lui donnant accès aux « eaux chaudes » de la Méditerranée lui permettrait de se désenclaver et de recevoir des aides extérieures.

Consciente de cette situation, la Turquie avait averti, à de nombreuses reprises, les autorités américaines mais, ces dernières ont toujours ressorti l'argument de la lutte contre Daech.

Talal Silo, qui entretenait des relations étroites avec de hauts responsables du YPG, la branche armée du PYD/PKK en Syrie, a accordé une interview à Anadolu (AA) au cours de laquelle il revient sur les accointances du YPG avec les Etats-Unis, et sur son projet d’ouverture sur la Méditerranée, ainsi que sur ses méthodes de protection des dépôts d’armes, la situation à Afrin et sur le trafic du pétrole.

Agence Anadolu (AA) : Dernièrement, la guerre et la concurrence internationale sont devenues plus violentes pour le contrôle de Deir ez-Zor. Que s’est-il passé en arrière-plan ?

Talal Silo (TS) : Nous avons lancé une opération contre Daech, au nom des FDS, le 9 septembre. C’est moi qui l’ai annoncée. L’objectif était de reprendre la région d’Al Jazira et le nord de l’Euphrate. Ni nous, ni le YPG (branche armée du PYD) n’étions en mesure de lancer cette offensive contre Daech. C’était une volonté des Etats-Unis. Cela n’avait rien à voir avec le pétrole. L’objectif était d’atteindre les villes de Boukamal et de Mayadine avant les forces du Régime, afin d’aménager une zone tampon entre l’Irak et la Syrie. Les Américains ont tenté de nous aider mais n’y sont pas parvenus dès lors que nous subissions dès le début le harcèlement des Russes. Nous avons d’ailleurs perdu beaucoup de soldats lors des attaques du Régime et de la Russie. Les forces américaines et les FDS se battaient côte à côte et le Régime était loin mais quand les Etats-Unis ont constaté que le Régime avançait rapidement vers cette zone, ils ont demandé aux FDS d’agir et réclamé au responsable régional du YPG, Sahin Cilo, d’intervenir. Ce que de nombreuses personnes ignorent, c’est que beaucoup de points ont été laissés aux russes, notamment, la station de gaz de Konoko et les champs pétroliers se trouvant à proximité, qui ont été cédés aux Russes et au Régime pour stopper leur avancée.

AA : Comment le PKK exploitait le pétrole de Deir ez-Zor et de Hassaké ?

TS : Le PKK/PYD ont pris le contrôle des champs pétroliers de Ramilan en 2012 et ont commencéçà l’exploiter et à exporter ses produits via les régions contrôlées par Daech. Le responsable des finances du PKK à Deir ez-Zor est Ali Seyr qui se trouvait à Qamishli, qui est directement en contact avec les chefs du PKK. C’est lui uniquement qui avait l’autorité pour signer les contrats de vente de pétrole et personne d’autre que lui ne connaissait la valeur des revenus pétroliers. Depuis 2012, ce dernier vend du pétrole à l’étranger. Même Sahin Cilo n’avait pas son mot à dire. Avec le temps, un des officiers du Régime syrien, du nom de Katerji, est devenu le responsable de l’achat du pétrole auprès du PKK. Le sujet du pétrole est un secret bien gardé par l’organisation. L’argent du pétrole transitait par des banques libanaises, sur des comptes appartenant aux proches du PKK, qui les transféraient vers l’Europe. On parle de centaines de camions citernes par jour.

AA : On parle, depuis un certain temps, d’un projet de corridor du PYD/PKK s’ouvrant sur la Méditerranée. Avez-vous pu accéder à des informations lors de vos rencontres avec les responsables Américains concernant la position de Washington à ce sujet ?

TS : Ce n’était pas un projet, mais une promesse. Nous avons rencontré un Américain censé travailler dans un Centre de recherches mais il s’est avéré par la suite qu’il était un officier des Renseignements. Il était entouré par un grand nombre de gardes du corps. Il nous a dit : «Si vous vous dirigez vers Deir ez-Zor, les Etats-Unis apporteront leur soutien aux FDS et à l’Assemblée démocratique syrienne pour leur assurer un corridor vers la mer». Une promesse a été faite. Mais, actuellement l’opération de Deir ez-Zor est un échec. La vraie raison de cette opération, ce ne sont pas les puits de pétrole mais la promesse faite à Cilo et au FDS (concernant l’ouverture sur la mer). Si l’opération de Deir ez-Zor avait réussi, les Américains seraient aujourd’hui en train de déployer des efforts pour leur offrir un accès à la mer. L’agent américain avait affirmé que sans accès à la mer, cette entité (le FDS) n’avait aucun avenir, donnant l’exemple de la région autonome d’Erbil en Irak, qui est totalement enclavée et soumise au bon vouloir de ses voisins, car elle ne disposait pas d’accès à la mer pour vendre son pétrole ainsi que pour exporter et importer des produits.

AA : Les forces turques ont lancé des frappes, le 25 avril, contre des cibles du YPG dans la région de Karacok. Que représentait le YPG à Karacok ?

TS : Karacok, c’est l’une des principales bases du YPG où sont entreposées les armes, munitions et l’argent du YPG. Bahoz Erdal et Sahin Cilo vivent là-bas. Il s’agit également d’un centre de formation idéologique et militaire pour les cadres de l’organisation. Je m’y suis rendu par deux fois. La première fois, j’ai rencontré Cilo et récupéré un véhicule. Les archives du YPG sont également à Karacok. La responsable de la section féminine du Mouvement s’appelait Nalin, elle venait de Turquie et ne parlait pas l’arabe. Il y avait également Rustem et Gerzan, deux responsables du YPG.

J’ai partagé mon étonnement face à l’importance du nombre des morts avec Cilo (lors de l'opération des forces turques) et il m’a lancé : «Il me semble qu’il existe une infiltration sécuritaire d’envergure de la part des Turcs ». Parmi les dirigeants qui se sont réunis, certaines personnes allaient être choisies pour assurer de nouvelles missions. Rustem devait partir en Turquie pour évoluer la bas mais les services de renseignement turcs étaient au courant. Nous, de nôtre côté, devrions rester en dehors [de la Turquie] dès lors que n’avons pas reçu à l’époque un message des Etats Unis de ne pas être la cible d’attaque».

AA : Lorsque le commandant américain est arrivé à Karacok après le bombardement turc, que s’est-il passé ?

TS : Le deuxième jour, un commandant américain est venu sur place. C’est la première fois que Sahin Cilo apparaissait dans les médias. Cilo a fait un exposé au commandant américain au sujet de l’attaque. Ils lui ont dit que la position bombardée comportait des civils mais ne l’ont pas tenu informé de la présence de dirigeants du PKK. Le commandant en question est parti sans même la condamner. Cinq jours plus tard, Cilo nous a dit que les Américains avaient parlé avec la Turquie et qu’il n’y aura plus d’attaque.

AA: Comment le PYD a-t-il traité le problème des entrepôts d'armes?

TS: Les armes lourdes et les munitions ont été remises à Hamin, qui, à son tour plaçait ces armes dans des entrepôts. La Turquie n'a pas ciblé les entrepôts qui étaient protégés par les Américains. Beaucoup d'armes et de munitions ont été déposées dans des bases américaines afin qu'elles ne soient pas ciblées par la Turquie.

AA: Comment le PKK peut-il assurer la communication géographique entre les zones orientales séparées d'Afrin? Cette situation préoccupe-t-elle l’organisation ?

TS: Quand le Régime syrien est parvenu à prendre le contrôle d’Alep, il y avait désormais une route directe. Cette route était comme un passage parallèle au territoire compris dans l’opération du « Bouclier de l'Euphrate ». Il s’agit de la route mène d'Afrin (en passant par les zones contrôlées par le Régime) jusqu’à Manbij, en passant par le Rif d'Alep. La route s'étend à al-Jazira (à l’est de l'Euphrate). Pour emprunter cette route, il fallait obtenir l'approbation du Régime ou de la partie russe et parfois celle des Iraniens.

AA : L'approche américaine à l’égard du PYD s’applique-t-elle également à Afrin?

TS: Les États-Unis n'ont présenté aucune garantie concernant Afrin. J'ai même demandé cela à McGurk (l'envoyé spécial des États-Unis auprès de la Coalition internationale de lutte contre Daech) quand je l'ai rencontré pour la première fois. À cette époque, il n'y avait aucun contact géographique entre Afrin et les régions de l'Est. J’ai réclamé de l’aide à Afrin, il a répondu que l'Administration américaine ne soutiendrait pas Afrin. "Si Afrin veut un autre soutien, elle doit le trouver par elle-même.", a-t-il rétorqué. J'ai alors lancé: "Peut-être que ce sera le côté russe", ce à quoi il a renchéri : «Nous n’avons aucune objection à cet égard».

Puis, Hussein al-Assad, le cousin de Bachar al-Assad, m'a contacté. Il voulait que j'établisse une ligne de communication entre la partie russe de la base de Hmeimim et les Forces démocratiques syriennes. J’ai informé Sahin Cilo de l'affaire. Je lui ai dit qu'une telle ligne dérangerait les États-Unis. Mais Siban Hamo (ledit Commandant en chef du PYD) a voulu communiquer avec les Russes. J'ai informé Hussein al-Assad de la situation, puis un canal de communication a été ouvert avec le côté russe. L'organisation s’est tournée vers la Russie sur de nombreuses questions.

AA: Dans quelle mesure le PKK craint-il une opération turque contre Afrin?

TS: Les forces turques peuvent prendre le contrôle d’Afrin si l'opération est menée très rapidement. En fait, la situation à Afrin n'est pas telle que la présente le PKK à l’étranger. C'est pourquoi ils avaient tellement peur. La question ne concerne pas seulement la chute d'Afrin. Si les forces turques coupent l’accès au Rif nord, cela signifie l’échec de l’ensemble du projet (accès à la Méditerranée). Parce qu'ils considéraient Afrin comme étant le cœur du projet. L'opération militaire turque aurait signifié la fin de leurs rêves. C'est pourquoi ils voulaient la présence de troupes russes à Afrin en cas d'arrivée des troupes turques.

En cas d’accrochages avec les forces turques à Afrin, le Régime a demandé à ce que le drapeau syrien y soit hissé. Cependant, le Régime a émis la condition que les zones où le drapeau syrien flotterait, lui soient remises. Or, la direction du PKK à Qandil l’a refusé.

Ils croyaient que les États-Unis exerceraient de la pression sur la Turquie pour qu'elle ne prenne pas le contrôle d’Afrin. Les Etats-Unis ont annoncé qu'ils soutiendraient les zones libérées, mais ont déclaré dès le début qu'ils n'apporteraient pas de soutien à Afrin.

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